Le Temps Retrouvé - sonates pour violon et piano de La Belle Époque - Rencontres Culturelles d'Usson 2022 #4

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L’univers proustien, la quête inatteignable de la sonate de Vinteul pour violon et piano, œuvre fictive qui diffuse tout au long de "À la recherche du temps perdu", un temps d’insouciance nimbé de symbolisme et d’impressionnisme chers à Debussy ou Fauré.

Au commencement était une sonate pour violon et piano écrite par un jeune compositeur de trente ans, Gabriel Fauré (1845-1924) en 1875, l’année de la création de Carmen. Fauré, en vacances à Ste-Adresse sur la côte d’Albâtre, signe ici le premier chef-d’œuvre de la musique de chambre française, alors que Marcel Proust n’a que quatre ans et commence à déguster les madeleines de sa tante Léonie. Cette sonate en La Majeur est celle des jours heureux pour Fauré, jeune homme d’ascendance modeste, qui par ses talents musicaux entre dans un monde fermé où se côtoie la fine fleur de l’intelligencia culturelle ; « Chez Pauline Viardot nous avons joué des charades avec Tourgueniev et St-Saëns comme acteurs, Flaubert, George Sand, Renan et même Louis Blanc, comme spectateur » nous confie Fauré dans ses mémoires, où l’on apprend que Gabriel vient de se fiancer avec la plus jeune fille de Pauline, Marianne. Ainsi la Sonate en La brille d’un énergique bonheur dès le premier mouvement, allegro molto, une ballade musicale gracieuse comme Les Régates à St-Adresse de Claude Monet, qui dessine, à l’égal du Boléro de Maurice Ravel, une des plus longues phrases que la musique connaisse. Et cette longue phrase amoureuse et passionnée, ne serait-elle pas le miroir de cette petite phrase interminable de la sonate de Vinteul d’un Marcel Proust témoin des amours de Swann et d’Odette de Crécy, quand on imagine Fauré et Proust se retrouver sur les bords de Marne, tout prêt de Guermantes où la duchesse, portrait de la comtesse Greffulhe, est l’amie et mécène du jeune compositeur ? La balade amoureuse se poursuit par une berceuse en forme de barcarolle ou de nocturne dont seuls Chopin et Fauré ont le secret. Ce second mouvement andante dégage un charme mystérieux, subtile déclaration d’amour entre deux timides, Gabriel et Marianne, comme si Paul, frère de la promise, brillant violoniste et dédicataire de l’œuvre, tel Cyrano avec l’ami Christian, jouait de l’archet sous le balcon, pour favoriser un mariage qui, hélas, ne se fera pas ! Oubliant les nuances bleutées d’un clair de lune verlainien, s’ensuit un scherzo à la Watteau, léger, endiablée, d’une redoutable difficulté pour les interprètes, donneurs sérénades, qui voient violon et piano se déguiser en mandoline et tambourin. Le Finale : Allegro quasi presto, saura réunir tous les mouvements de ce délicieux moment d’intimité en un brillant concert donné à l’assemblée des convives du salon proustien de Mme Verdurin, ou de celui de Marie Clerc à Ste-Adresse ou même, à salle Pleyel ce 27 janvier 1877, comme le relate Gabriel Fauré : La Sonate a réussi ce soir au-delà de toutes mes espérances !!! Le Scherzo a été bissé avec assez d'énergie pour qu'il nous ait été impossible de ne pas le dire deux fois. Mes confrères étaient nombreux et je dois dire qu'ils se sont montrés extrêmement chaleureux. En un mot je suis sens dessus dessous ...
Nous sommes quarante ans plus tard, le 5 mai 1917, et tout ce petit monde s’est écroulé ; la belle époque n’est plus, la guerre devenue mondiale submerge tous les continents, Fauré est un vieux monsieur sourd, directeur irascible du Conservatoire de Musique de Paris et son ami Claude Debussy (1862-1918), ce Monsieur Croche antidilettante qui depuis toujours traine un caractère jovial d’une cinglante ironie, organise salle gaveau au profits des soldats aveugles, un concert de charité où il présente « une Sonate pour violon et piano, qu’un Dieu plus méchant que malin m’a poussé d’écrire » confie-t-il à son ami Paul Dukas, « elle est pleine d’un joyeux tumulte. Défiez-vous à l’avenir des œuvres qui paraissent planer en plein ciel », dans un ultime élan créatif. Ce concert où il présente aussi une mélodie en forme de manifeste contre « les ennemis » a tout d’un testament musical pour la dernière apparition publique de « Claude de France ». Alors, même si Debussy, porte un regard désespéré, « un exemple de ce qu’un homme malade peut écrire pendant une guerre », la sonate pour violon et piano, n’en reste pas moins un petit bijou, hissant la concision et la simplicité au sommet du génie musical. Douze petites minutes de légèreté, de virtuosité, de phrases fantasques et animées, et ce thème, ces six notes égrainées que s’échangent avec humour, amour, malice ou tendresse le piano et le violon, n’est-ce par le songe proustien, les souvenirs de jours heureux, la réminiscence d’une petite phrase interminable et oubliée qui tourne dans l’air du soir et annonce la fin, ou plutôt la venue d’un autre temps, d’une musique nouvelle ? Oui, ces lointains et noirs échos qui sourdent au Finale seront ceux d’un monde tout juste venu d’outre-manche, triste, lumineux et balancé : le jazz et le blues… Et si nous remontions le temps… et si nous retrouvions le temps ?

Catégories

  • Concert

Langues parlées

  • Français
Services & équipements
Tarifs & paiement

Participation libre. Quête au bénéfice de la restauration du patrimoine.

Gratuit

Dates
PériodesHoraires
Le 31 juil. 2022Dimanche de 17h00 à 18h50

Entracte de 10 minutes, si les enfants veulent sortir à la fin de la 1ère partie

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