Le collectionneur pompier entretient la flamme

Ouvert depuis juin 2019, dans la zone du Felet à Thiers, le Centre Historique du monde Sapeur-Pompier rassemble sur une surface de 1.500 m² , une collection hors du commun. Ainsi, des véhicules anciens originaires de France et du monde entier. Mais aussi documents, matériels, engins, casques jusqu’aux miniatures et jouets. Le Centre propose une immersion complète dans l’univers des hommes du feu.

Au Centre Historique du monde Sapeur-Pompier, à Thiers

Cette collection destinée au grand public n’aurait pu voir le jour sans la volonté et la détermination de Didier Lambert. L’actuel fondateur est président de l’association European Firefighters Museum Association (Efma), chargée de la gestion du Centre historique. Il connaît bien le métier. «Je suis devenu sapeur­-pompier volontaire à Thiers en 1974. Après avoir été repéré en tant que secouriste à la Croix-­Rouge », se souvient l’homme âgé aujourd’hui de 62 ans.

En véritable passionné, Didier Lambert fait vivre la mémoire des soldats du feu au Centre Historique du monde Sapeur-Pompier, à Thiers. C’est dans un camion Laffly que Didier Lambert effectue son baptême du feu : « C’était rue Lasteyras. À l’époque, vous pouviez partir en opération dans le quart d’heure qui suivait votre signature d’engagement, sourit Didier Lambert. On m’a envoyé chercher du matériel que je n’ai pas trouvé. On m’a vite fait comprendre qu’il fallait que je le trouve au plus vite ! »

Didier Lambert dans un rutilant camion Laffly de 1947 (Centre Historique du monde Sapeur-Pompier , à Thiers)

Débarquement 44 et Stan Laurel

Pas tout à fait un hasard, près de 45 ans plus tard, le même Laffly fait ainsi partie de la collection du Centre Historique. «C’est un moteur 6 cylindres essence et frein à câble. Il avait le meilleur poids puissance de l’époque, détaille Didier Lambert. Les rues de Thiers, il les montait sans problème même avec 12 hommes à son bord ».

Avec l’association Efma, le passionné passera un temps une grande partie de ses week­ends à retaper ce modèle qui a servi à Ambert. « Le moteur était à refaire », explique-t-­il simplement. Une broutille, ou presque, à la vue des cinq années nécessaires à la réfection d’une autre pièce maîtresse du musée : le Ford Howe Us Navy de 1941 « Unique en Europe », souligne le président.

De la Ford TT appartenant à Stan Laurel du duo Laurel et Hardy, au Dodge LaFrance ayant participé au débarquement de Normandie. À chaque pièce du Centre Historique, son histoire propre et singulière. Intarissable en anecdotes, Didier Lambert évoque la vocation même du musée. «Peut­-être autant que les objets, ce qui nous intéresse ici, ce sont les histoires. Si on ne sait pas comment et par qui ces engins ont été utilisés, cela n’a aucun intérêt».

Avant 1996, la débrouille

Derrière les véhicules, les 400 casques présentés ou encore la collection de tenues de pompiers du monde entier, plane donc l’ombre de ce corps de métier composé d’hommes et femmes, dont Didier Lambert fait partie. Ces pompiers d’un temps aujourd’hui révolu, dont l’esprit de débrouille semblait égaler le courage. « Certaines communes faisaient avec les moyens du bord. De vieux camions pouvaient par exemple être transformés par le chaudronnier du village ou les pompiers eux­-mêmes », explique Didier Lambert montrant, preuve à l’appui devant lui, une improbable Dodge WC 52 (ayant servi pour le débarquement de 1944) qui termina sa carrière dans la commune de La Forie près d’Ambert jusque dans les années quatre­-vingt-dix.

Depuis, l’administration est passée par là et a nivelé une bonne partie de ce qui faisait le charme de toute une époque. «Avec la départementalisation en 1996, tout a été standardisé », regrette Didier Lambert, volontiers nostalgique. Conscient du devoir de mémoire, le collectionneur a bien l’intention de faire sonner le plus longtemps possible ces sirènes du passé, avant de céder la place. « Il faudra que l’histoire continue », espère-t-­il simplement.

Pratique : le Centre Historique du monde Sapeur-Pompier est situé dans la zone industrielle de Felet, 13, rue du Pré-de-la-Pie, à Thiers. Renseignements au 06 07 05 97 70

YANN TERRAT, journaliste – La Gazette de Thiers-Ambert

Tél. : 06 67 57 49 22