Les expériences de Lulu : Le savoir-faire de la papèterie française

C’est à quelques kilomètres, du centre bourg d’Ambert, au milieu de nulle part que je me trouve. À vrai dire, il est le dernier moulin à papier encore en fonctionnement dans la région.

Une cinquantaine de kilomètres me séparent de Thiers et j’arrive complètement dépaysée. Pour me plonger dans le monde de la papeterie, je fais la visite du moulin. Je ne vous cache pas que ça ne m’a pas fait de mal puisque j’étais loin d’imaginer tout l’univers qui est lié à ce métier. Ce moulin d’époque continue de produire du papier et je suis particulièrement étonnée de voir que le matériel utilisé est d’origine, permettant une production complètement artisanale. Pièce par pièce, j’en découvre un peu plus sur l’histoire de la papeterie. Saviez-vous que les guêpes sont les premières papetières ?

Bouche bée et les yeux grands ouverts, je m’approche d’un nid de guêpes suspendu dans une des pièces et je vois qu’il est fait de papier. Mon heure est venue, comme les guêpes, d’en produire. Je rencontre Emmanuel, petit-fils de Marius Péraudeau qui avait racheté le moulin au XXe siècle. C’est lui qui va me guider en tant que future apprentie papetière. L’atelier dans lequel je rentre est le même que celui des véritables papetiers, mais en version plus petit. « Mettez-vous à l’aise », me dicte Emmanuel. Dans mes petites chaussures ouvertes, j’ai plus l’air d’une touriste qu’autre chose. Sans problème, je sais m’adapter. Des souvenirs d’école remontent quand Emmanuel me demande si j’ai bien écouté la visite. Je ressens bien que les précédents apprentis papetiers étaient des enfants.

Au fond d’une cuve, je vais chercher, avec un redable (instrument en bois permettant de mélanger), les tissus broyés (*). Le tout est d’harmoniser le mélange entre le tissu et l’eau. Ces tissus sont souvent de vieux draps ou chiffons qu’ils récupèrent notamment chez Emmaüs.

Je prends un cadre de format A4 et je le plonge dans la cuve. Mes bras se retrouvent mélangés dans cette eau blanchâtre, épaisse, et une grimace de dégoût se forme sur mon visage. En ressortant le cadre, la forme égoutte naturellement l’eau. C’est impressionnant de voir que la matière est assez épaisse pour que ça ne retombe pas au fond de la cuve.

Une fois qu’on a notre forme, on la démoule comme un gâteau. Pour la dernière étape, je dois presser fort pour que le papier soit bien essoré. Emmanuel n’hésite pas à me charrier quand je le presse, je doute que les enfants aient plus de force que moi. Du moins, j’espère que non. Avec son franc-parler et son excentricité, je n’ai pas d’autre choix que de rire pendant l’expérience.

« C’est le papier de Lulu », réagit Emmanuel. Et, me voilà apprentie papetière. J’ai quand même dû attendre quatre jours que mon papier se décide à sécher.

Lucile Brière pour La Gazette de Thiers et d’Ambert.