Les expériences de Lulu : Monter son couteau

Se sentir dans la peau d’une coutelière

Venant d’arriver sur le territoire pour rejoindre la rédaction de La Gazette de Thiers, je vais tester pour vous les différentes expériences touristiques et estivales, en Livradois-Forez. Cette semaine, je continue mon parcours avec le montage de mon propre couteau, à la coutellerie Robert David qui fête ses 100 ans cette année.

Et si je peux me permettre, un couteau monté dans les règles de l’art. Ce n’est pas si simple croyez-moi. Pour que l’atelier se passe le mieux possible j’ai eu besoin de Dylan, mon maître d’apprentissage durant ces deux heures.





Pendant cet atelier, c’est Dylan, en apprentissage à la coutellerie Robert David depuis deux ans, qui m’a aiguillé.

Chaque étape à son importance pour la suite

Avant toute chose, et comme dans tous travaux manuels, j’ai commencé par enfiler mon tablier. Une fois cette première étape finie, je m’approche de mon plan de travail avec un peu d’appréhension. Il faut dire qu’à part changer une ampoule ou planter un clou, les travaux manuels ne sont pas mon fort. Je me lance, et de toute façon, il y a une première fois à tout. Trois autres femmes, novices en matière de coutellerie, participent à l’atelier. Dylan explique rapidement l’utilité des pièces qui sont devant nous et comment va se dérouler la séance.

Face à nous sont réparties les deux platines qui vont former le couteau, le ressort avec lequel on va réussir à l’ouvrir et le fermer, mais aussi les deux tranches de bois d’olivier qui l’habilleront. Il y a aussi la lame, qui n’est pas encore aiguisée. Tout est une question de justesse. Je m’efforce de faire comme on me dit en me concentrant au maximum. Après la théorie place à la pratique. Je saisis ma première tranche d’olivier et je viens la poser contre une platine. Une fois posée contre, on se met face à la fraiseuse pour percer le bois. Avec une pince on vient maintenir fermement le bois contre la platine. Un exercice consciencieux qui nécessite d’avoir une certaine dextérité manuelle. Mon premier réflexe est d’actionner la fraiseuse avec ma main gauche, très peu pratique car le levier se trouve en face de ma main droite. Au premier abord j’essaye de faire comme si de rien n’était mais ma maladresse se fait vite remarquer. Une fois que le coup de main est pris c’est presque, et je dis bien presque, un jeu d’enfant.







Le fil de fer maintient les deux platines autour du ressort. 

Lorsque nos deux plaquettes de bois sont percées, la première étape commence. Après deux, trois coups de marteau dans le vent, je réussis plus ou moins à prendre la main, et le fil en fer se positionne correctement dans le couteau en montage. Dylan m’aide régulièrement avec le marteau. Je pense qu’il a remarqué que je n’étais pas très manuelle, je le vois esquisser un petit sourire.

Le montage du couteau accessible à tous

Lorsqu’il faut couper le fil en fer, il s’avère être trop dur. Heureusement Dylan vient à la rescousse. Une fois le fil maintenu entre les platines et le ressort on le coupe avec une pince. Je m’efforce de me débrouiller bien qu’il me faudrait la force de mes deux bras pour être capable de le couper.

Après quelques minutes de lutte acharnée contre cet épais fil de fer, Dylan vient finir de le couper. Une action répétitive puisqu’il faut reproduire l’opération pour les trois trous du couteau. Une fois le fil à l’intérieur on doit s’assurer qu’il n’est plus trop apparent et on le lime. Cela facilite la fermeture fluide du couteau. Ce superbe couteau monté il reste notamment quelques étapes indispensables que seul Dylan peut réaliser.






La fraiseuse permet de percer le bois ajusté à la platine.

Pendant les 45 minutes où il s’occupe du façonnage, du polissage, de l’aiguisage et de la gravure, il nous déroule un film qui permet de comprendre les étapes du montage, qu’il n’a pas forcément pris le temps d’expliquer. Ces étapes ne sont pas réalisées par le public, ça prendrait trop de temps et ça peut être dangereux. C’est un travail qui demande plus de technique et qui s’avère être encore plus minutieux encore.

Lorsque Dylan revient avec mon couteau tout propre, ce bois d’olivier clair l’habille très bien et me voilà extrêmement fière de l’agiter dans tous les sens.






Mon couteau est désormais gravé « Fait par Lulu ». 

Cette expérience est très instructive et chaque détail pris en compte par Dylan montre le savoir-faire de la coutellerie française et particulièrement thiernoise.

Lucile Brière pour La Gazette de Thiers et d’Ambert