L’amoureux des abeilles qui sait piquer la curiosité

La Cité de l’abeille de Alain Benoît à la Guillaume

Rares sont ces lieux aussi imprégnés de l’âme de ceux qui les habitent. La Cité de l’abeille à Viscomtat est de ceux­-là.

En rachetant le hameau entier de Champet en 1985, niché sur les contreforts du Grün de Chignore à 600 mètres d’altitude, Alain Benoît à la Guillaume savait déjà où il voulait aller. Peu disposé aux études scolaires, le Jurassien d’origine avait auparavant trouvé sa voie en empruntant d’autres sentiers et à force d’évidences. «J’ai découvert l’apiculture à 17 ans. C’est quelque chose qui me correspondait. Ainsi, je pouvais être dehors et toucher à tout. Je ne savais pas encore que j’en ferais mon métier. À l’époque, je n’envisageais que l’installation de quelques ruches pour les abeilles » , se souvient l’homme âgé aujourd’hui de 63 ans.

Touche à tout

À Champet, il y a 35 ans, Alain Benoît à la Guillaume trouve finalement le cadre idéal pour concrétiser ses aspirations. Un lieu où l’abeille est reine et l’Homme le bienvenu. « J’avais ce désir de recevoir le public dans un environnement agréable », résume l’apiculteur.

Chez lui, attablé autour d’un café, « un peu de miel dans votre tasse ? », le maître des lieux n’est pas du genre à compter son temps. Dans cette grande pièce à la décoration brute et aux détails soignés, les minutes passent comme des secondes. Aucun doute, l’homme affable à la crinière blanche et boucle d’oreille sait transmettre sa passion. Du monde des abeilles il connaît tout ou presque mais sait rester à l’écoute de son interlocuteur.

Touche à tout (apiculteur, menuisier, photographe, etc.), Alain Benoît à la Guillaume a donc transformé Champet, au fil des ans, en immense ruche où l’on trouve aujourd’hui matière à apprendre et à déguster.

Le miel dans tous ses états

Du miel qu’il récolte, chaque année, l’apiculteur a développé une gamme de produits qui ne cesse de s’élargir : nougats, pain d’épice ou encore chocolats. Le miel, il en est question partout à la Cité de l’abeille tant l’odeur de ce nectar imprègne les lieux.

Un miel qu’il récolte au bon vouloir des abeilles. « Ce qu’on prend est réellement un surplus, en fonction de la place laissée par l’apiculteur dans les ruches, se défendrait-­il presque. Car l’abeille a la notion des saisons. Elles ont le devoir de faire des réserves sans fin et font notamment des stocks pour que les abeilles d’hiver puissent se nourrir. »

Discours militant

Reconnaissant envers ses travailleuses, l’homme se fait volontiers leur défenseur lorsqu’il s’agit d’aborder les problématiques écologiques. « Durant ma carrière, j’ai vu des ruches mourir. J’attribue cela aux insecticides utilisés pour le maïs. Les abeilles ne meurent pas à proprement parlé mais vont perdre le sens de l’orientation et finir par se perdre elles-mêmes à cause des particules chimiques. Ces néonicotinoïdes sont interdits depuis 2018 mais les cultivateurs de maïs veulent à nouveau pouvoir les utiliser », s’inquiète Alain Benoît à la Guillaume.

La récolte du miel à la Cité de l’abeille

Passionné de photographie

Au discours militant trop frontal, l’homme a choisi la pédagogie et l’art pour faire passer le message. Ainsi est né le Festival des insectes il y a 10 ans. Chaque année à la Cité de l’abeille à Viscomtat, des centaines de visiteurs prennent ainsi le temps de poser leur regard sur ces petits mondes qui les entourent. « Ceux de tous les insectes, précise l’apiculteur. Car les problématiques sont souvent les mêmes. »

Point fort du festival, l’exposition de photos, réalisée de main de maître par l’apiculteur, magnifie chaque détail des insectes en mouvement. Ainsi photographiée, l’abeille isolée et détachée de l’essaim, révèle sa personnalité propre. Elle apparaît alors et plus que jamais comme un véritable être vivant qu’il s’agit de préserver.

Pari réussi pour Alain Benoît à la Guillaume qui a décidément plusieurs cordes à son arc pour piquer la curiosité.

Pratique. La Cité de l’abeille, Chamet à Viscomtat. Visite guidée tous les jours à 16 heures (réservations conseillées au 04.73.51.91.13). Boutique de produits ouverte de 10 heures à 12 heures et de 15 heures à 19 heures. Tarifs : 4,50 € (adulte), 3,50 € (6/12 ans), 4 € (étudiants/demandeurs d’emploi), gratuit moins de 6 ans.

YANN TERRAT, journaliste – La Gazette de Thiers-Ambert

Tél. : 06 67 57 49 22